37ème Festival international du cinéma ethnographique.

“REGARDS SUR LA SIBÉRIE”

INALCO du 12 au 14 novembre 2018.

L’institut INALCO accueillera dans ses murs pendant 4 jours la sélection Regards Comparés, qui cette année se décline sur le thème de la Sibérie. Le Festival vous proposera chaque jour de 14h30 à 21h30 des projections suivies d’un débat avec un cinéaste ou un expert. Le Festival international Jean Rouch. Initiées par le cinéaste et ethnologue Jean Rouch, est organisé à Paris depuis 30 ans, cette manifestation est l’occasion unique en France de projeter des documentaires qui révèlent l’évolution sociale et culturelle des sociétés humaines et des relations de l’homme à l’environnement.

Un an après la première séance publique payante du cinématographe Lumière au Salon Indien du Grand Café de Paris, la Sibérie découvre à son tour le cinéma. En effet, Fedot Makhotine acquiert un appareil des frères Lumière à l’exposition panrusse de Nijni-Novgorod, en 1896, et entreprend, aussitôt son retour à Novo-Nikolaevsk (actuellement Novossibirsk), une tournée dans les villes de Sibérie avec son cinématographe, quelques courts-métrages et une ménagerie… grâce au Transsibérien notamment, à partir de 1907 !

Comme le montre l’épopée locale du cinématographe, la Sibérie a longtemps été un espace culturel ouvert, loin de la seule image de désert ou de désolation qui a souvent prévalu dans la littérature et les esprits. Nombre de Sibériens sont issus de communautés marginalisées par l’histoire russe, mais aussi de l’espace infini où il leur a fallu trouver leur place : autochtones composant avec la conquête et la « colonisation » de leur univers ; vieux-croyants en quête d’une terre libre de toute persécution religieuse et inaccessible à l’Antéchrist et ses anges déchus (le tsar et ses fonctionnaires) ; colons fuyant le servage ou la collectivisation ; opposants faisant figure d’ennemis de la Couronne ou d’« ennemis du peuple », etc… Ces deux composantes essentielles de la façon sibérienne d’être au monde expliquent en partie l’esprit libre et la force que l’on ressent souvent à travers nombre de ces portraits croisés dans les toundras, les taïgas et les villes.

 


Le Festival convie passionnés, curieux et néophytes autour du cinéma ethnographique ! Il propose chaque année une programmation originale composée d’une Compétition internationale dédiée aux réalisations actuelles et des Séances spéciales. Il aura lieu du 2 novembre au 3 décembreau Musée de l’Homme mais également à INALCO pour des scéances sur la Sibérie.

PROGRAMME

Lundi 12 novembre

14h30 à 17h30: Самодийский дневник Journal samoyède | Samoed’ ila’ padar’ Russie | 2016 | 42 min | version russe doublée en français Dmitry Arzyutov (Russie/Suède) Entre images filmées, photographies et notes de terrain de l’ethnographe et linguiste Gueorgui Prokofiev et de son épouse Ekaterina, portrait de la toundra nénètse de la Grande Terre à la veille de la soviétisation.En 1929 et 1930, Georgii et Ekaterina Prokofiev, tous deux anthropologues, proches de Franz Boas et Vladimir Bogoras, partent faire un terrain de deux années sur le territoire des Nénètses et décident de documenter leur travail avec une caméra 16mm.

Conçues comme des « chroniques cinématographiques » ces images sont un témoignage unique de la vie quotidienne, des savoir-faire et pratiques de l’élevage du renne pendant la politique de collectivisation soviétique. Des extraits du journal tenu par les époux Prokoviev replacent ces archives filmiques dans le contexte de la naissance de l’anthropologie visuelle en Arctique soviétique.

Dmitry Arzyutov, né en 1982, anthropologue et historien des sciences et de l’environnement, est spécialiste de l’Arctique et de la Sibérie russes, de l’ethnohistoire autochtone, de l’anthropologie muséale et archivistique et de l’histoire comparée des sciences sociales dans l’Arctique.

Il travaille à l’Institut royal de technologie KTH de Stockholm (Suède) et au musée d’Ethnographie et d’Anthropologie Pierre-le-Grand, Kunstkamera, de Saint-Pétersbourg (Russie). Il est l’auteur de nombreux articles en anglais, français et russe.

Lettres de Sibérie France | 1975 | 60 min | vof Chris Marker (France) Chris Marker nous écrit d’un pays lointain, la Sibérie soviétique. Un essai documentaire ludique, tourné en pleine guerre froide, qui invite également à réfléchir sur la manipulation des images.

18h à 21h30: Norilsk, l’étreinte de glace France | 2017 | 87 min | vostf François-Xavier Destors (France) Norilsk dans l’Arctique sibérien : ville industrielle fermée, mal aimée, où le froid et la pollution rivalisent avec une improbable poésie.

Isolée du chaos de l’humanité par un continent de glace, Norilsk est une ville fermée, interdite aux étrangers. Plus grande ville au Nord du monde, elle est aussi l’une des plus polluées de la planète. La société Norilsk Nickel, premier producteur de cuivre et de nickel, la contrôle depuis son émergence sur les cendres du goulag. Cent quatre-vingt mille personnes y vivent dans des conditions singulières : l’hiver dure neuf mois et les températures descendent jusqu’à -60°C. Portrait poétique d’une ville impossible d’où chacun cherche, à sa manière, à s’échapper.

François-Xavier Destors explore les enjeux de représentation, de mémoires et les limites de la civilisation. En 2010, il publie un premier ouvrage consacré à la représentation du génocide des Tutsis du Rwanda au cinéma, Images d’après. Cinéma et génocide au Rwanda.

C’est également au Rwanda qu’il réalise son premier documentaire, Rwanda, la surface de réparation (2014). Il a écrit plusieurs documentaires historiques, notamment en 2018, Les Années 1968, un monde en mouvement.

Les Âmes dormantes France | 2013 | 51 min | vostf Alexander Abaturov (Russie) La campagne présidentielle russe de 2012 à Atchinsk, petite ville de Sibérie. Les manifestations anti-Poutine de la capitale paraissent bien lointaines… Un regard grinçant et décalé sur le délitement du système.

«Atchinsk, Sibérie, quatre mille kilomètres de Moscou. Dans un foyer d’habitations aux confins de la ville, les habitants se croisent dans l’escalier, frileux à l’idée d’évoquer la campagne présidentielle en cours. Dehors, la ville vit au rythme du froid. Seule la radio se fait l’écho des manifestations anti-gouvernementales de la capitale. Ces images d’une ville endormie se mêlent à celles de militants salariés du parti de Poutine. Autour d’un verre de vodka, Iouri, mercenaire politique à la solde de Russie Unie, m’explique froidement la mécanique du système. La mise en scène de la vie démocratique devient un théâtre… » Alexander Abaturov

Alexandre Abaturov, né en Russie en 1984,  étudie à l’Université Gorki, puis travaille comme rédacteur pour l’agence d’information d’Ekaterinbourg Uralpolit.ru et rédacteur exécutif à l’agence d’information Federalpress.

En 2010, il intègre le master réalisation documentaire de création, de l’université de Grenoble. En 2018, il a réalisé Le Fils et la série documentaire La Russie dans l’objectif.

Mardi 13 novembre

14h30 à 18h: Goulag France | 2000 | 2 épisodes de 55 min | vostf Hélène Châtelain, Iossif Pasternak (France) L’histoire du Goulag, des îles Solovki à la Kolyma, de 1920 à 1950, à travers des documents d’archives et des entretiens avec des survivants des camps. Dans ce film en quatre parties – 1920-1950 –  Les documents sont en noir et blanc, les témoignages contemporains en couleur. On estime qu’un adulte sur sept est passé par les camps. soit 15 millions d’êtres humains. La moitié d’entre eux sont morts de faim, d’épuisement, sous les coups des gardiens ou les balles des policiers.


En remontant le fil tragique de l’histoire, en retournant sur les lieux mêmes de la détention et de la disparition des victimes du systèmes concentrationnaire soviétique, Iossif Pasternak et Hélène Châtelain cherchent à saisir la logique monstrueuse de cet événement incontournable du XXe siècle.

– 1 Le temps de l’eau
– 2 Le temps du bois
– 3 Le temps de la terre
– 4 Le temps de la pierre

Projection des 1er et 4e épisodes : Le Temps de l’eau et Le Temps de la pierre.

18h30 à 21h30: Кораль Koral Russie | 1994 | 20 min | sans dialogue Vladimir Eisner (Russie) Connus pour leur jovialité et leur convivialité, les Tchouktches vivent dans un univers exigeant aux confins orientaux de la Sibérie.

Empruntant à l’esthétique du cinéma muet des années 1920, où la narration repose entièrement sur les images, le montage et la musique, ce film au ton facétieux rend compte avec justesse de la vie quotidienne et des relations que les Tchouktches ont construit avec la nature. Un hommage à Robert Flaherty et à tous les peuples du Nord.

Vladimir Evaldovitch Eisner, né à Perm en 1955, est un réalisateur russe comptant à son actif une quarantaine de films documentaires. Diplômé en 1985 de l’Institut national de la cinématographie (Moscou), il travaille d’abord comme réalisateur pour le studio de chroniques cinéma de Sibérie orientale à Irkoutsk, puis fonde son propre studio « Asia-Film » à Novossibirsk en 1994.

Il se fait notamment connaître avec son film Il était une fois « sept Siméons » (avec Hertz Frank, 1989), récompensé à Paris, en Espagne et au Japon. En 2000, Vladimir Eisner a reçu le prix d’État des arts et des lettres de la Fédération de Russie, puis le titre Maître émérite des arts de la Fédération de Russie en 2006. Au cœur de son œuvre, la Sibérie, son histoire et ses habitants.

Kнига тундры: Повесть о Bуквукае – маленьком камне Le Livre de la toundra : L’Histoire de Voukvoukaï, la petite pierre Russie | 2012 | 105 min | vostf Aleksei Vakhroushev (Russie).

Au cœur de la Tchoukotka vit Voukvoukaï, un vieil éleveur de rennes qui tente de maintenir et de transmettre une toundra vivante face à la culture dominante.

Vieil homme plein d’énergie et de sagesse, Voukvoukaï vit depuis 72 ans au cœur de la Tchoukotka, en Sibérie. Véritable « homme de la toundra », son existence est inséparable de l’élevage du renne. Sa communauté, qui prend soin d’un troupeau de plus de 14 000 têtes, mène un combat permanent pour maintenir son mode de vie nomade. Tous croient profondément en la force de la tradition, qu’ils préservent, respectent, et qui leur a permis de résister jusqu’à aujourd’hui à l’adversité. Telle est la Vérité de Voukvoukaï.

Aleksei Vakhroushev est né à Anadyr (région autonome de Tchoukotka) en 1969. Diplômé de l’Institut national russe de la cinématographie en réalisation, il est également anthropologue. Il a consacré son doctorat à la culture de la chasse aux mammifères marins, pratiquée par les peuples autochtones de la péninsule de Tchoukotka. Réalisateur, scénariste et producteur, il a dirigé le Centre d’anthropologie visuelle de l’Institut d’ethnologie et d’anthropologie de l’Académie des sciences de Russie) de 2000 à 2008.

Mercredi 14 novembre

14h30 à 16h30: Isa, poeg ja Püha Toorum Le Père, le Fils et le Saint Toroum Estonie | 1997 | 88 min | vostf Mark Soosar (Estonie) Filmée à dix ans d’intervalle, une famille khanty se délite : le vieux chaman de la taïga et son fils adoptif qui évolue dans le monde du pétrole se consument, chacun à sa manière, sous l’œil éthéré de l’Ours.

 

Deux mondes se rencontrent dans ce drame familial documentaire. Père et Fils. Chamane et homme d’affaires. Ils appartiennent tous deux au peuple khanty de Sibérie occidentale. Le fils, Pétia, travaille pour une compagnie pétrolière russe qui pompe des millions de barils de pétrole sur le territoire clanique traditionnel des familles khanty ; il sert d’intermédiaire lors des négociations entre les siens et l’industrie. Le père, lui, chamane résiste avec son tambour et l’esprit de l’ours pour conjurer le mauvais sort et en appelle à Toroum, le dieu céleste des khanty.

Mark Soosaar est né en 1946 en Estonie. Après des études à l’Institut cinématographique de Moscou, il travaille comme réalisateur, d’abord pour la télévision estonienne (1970-1978), puis pour les studios Tallinnfilm (1978-1991). Il dirige le Festival international de films documentaires et anthropologiques de Pärnu, qu’il a créé en 1987. Depuis 1995, il dirige le musée d’art contemporain de Pärnu. Il a été également député social-démocrate au Parlement estonien (2003-2011). Réalisateur indépendant depuis 1991, il a réalisé et produit plus de cinquante films.

17h à 19h 24: Cнега 24 Snow | 24 Neiges Russie | 2016 | 95 min | vosta Mikhail Barynin (Russie) Tel un cow-boy solitaire, Sergueï consacre sa vie à l’élevage traditionnel de chevaux en République Iakoute-Saxa, il prend soin de sa famille, de sa communauté et traite la nature avec le plus grand respect. Il aime l’indépendance et la liberté que cette vie lui donne, malgré les sacrifices et l’éloignement qu’elle implique.

Mikhail Barynin, né en 1985 en Russie,  est diplômé de l’École internationale de cinéma de Moscou et de l’Institut national de la cinématographie S. A. Guerassimov (VGIK, atelier de cinéma documentaire de Sergueï Mirochnitchenko) depuis 2013.

Another Land (2011), son premier film comme réalisateur, a été suivi de Maiman Race en 2012 et Tuva. Independent people, en 2013.

19h30 à 21h30: Sukunsa viimeinen Neko, dernière de la lignée, Finlande | 2010 | 80 min | vostf Anastasia Lapsui (Russie), Markku Lehmuskallio (Finlande) Neko, petite fille nénètse, vit au rythme des saisons dans la toundra avec ses grandsparents. Jusqu’au jour, où, comme la plupart des enfants nomades, elle doit quitter son univers pour le rituel d’État qu’est l’internat. Neko se rebelle et après plusieurs conflits, décide de fuir avec un camarade de classe dans l’espoir de retrouver sa famille et sa vie d’avant. Cependant, la fuite des enfants dans les forêts glacées et la toundra est de courte durée. Le retour à l’internat et à la nouvelle vie russe est inévitable. Le film est fondé sur les souvenirs d’enfance de la cinéaste nénètse, Anastasia Lapsui.

Anastasia Lapsui, née en 1944 sur la péninsule de Iamal (Sibérie du nord-ouest), est nénètse. Après des études à l’institut pédagogique de Salekhard, elle travaille comme journaliste radio, en langue nénètse et écrit pour les journaux. Elle rencontre Markku Lehmuskallio en 1989. Révélés en France, en 2001, avec Les Sept Chants de la toundra, les deux cinéastes réalisent, ensemble, depuis plus de vingt ans des films qui chroniquent l’histoire et la vie quotidienne des divers peuples du Nord (Sibérie, Groenland, Canada et Scandinavie).

Markku Lehmuskallio, né en 1938 à Rauma (Finlande), est un ancien forestier. Devenu photographe, puis cinéaste indépendant, il est réalisateur, directeur de la photographie et scénariste. Il a initié Anastasia au 7e art, elle l’a inspiré. Comme Sept Chants de la toundra, couronné du Grand Prix du Festival de Créteil en 2000, nombre des films des deux cinéastes ont été primés dans des festivals internationaux.

Jeudi 15 novembre

14h30 à 18h: Мастер-класс с Анастасией Лапсуй и Маркку Лехмускаллио Master classe avec Anastasia Lapsui et Markku Lehmuskallio, animée par Dominique Samson Normand de Chambourg, en partenariat avec le cycle Paroles de créateurs du CERLOM. Anastasia Lapsui et Markku Lehmuskallio évoqueront leur parcours et leur métier de cinéaste à partir d’extraits de leurs films.

8h30 à 21h30: Seit semän laulua tundralta Sept Chants de la toundra,  Finlande | 2000 | 85 min | vostf Anastasia Lapsui (Russie), Markku Lehmuskallio (Finlande) Ce premier film de fiction en langue nénètse se décline en sept tableaux vivants où chaque éleveur, chasseur-pêcheur, maîtresse de maison ou écolier joue son propre rôle au fil d’une histoire non écrite.

Éleveurs de rennes, les Nénètses nomadisent en Sibérie arctique depuis des siècles. Le Sacrifice, La Fiancée, L’homme libre, Dieu, L’Ennemi du peuple, Siako et La Berceuse sont le premier film de fiction en langue nénètse : sept tableaux vivants où chaque éleveur, chasseur-pêcheur, maîtresse de maison ou écolier, joue son propre rôle au fil d’une expérience humaine non écrite.

Anastasia Lapsui, née en 1944 à Yamal (Sibérie du Nord-Ouest), a été journaliste de presse et de radio, où elle a animé des programmes dans sa langue maternelle.

Elle a également traduit des contes de Pouchkine dans sa langue. Première journaliste de son peuple, elle a écrit un scénario en 1990 avant de travailler avec Markku Lehmuskallio à partir de 1993.

Markku Lehmuskallio est né à Rauma en 1938. Il a d’abord été garde forestier avant de commencer à filmer en 1974.

Son chemin cinématographique l’a notamment conduit chez les Sami en Laponie, et plus tard chez les peuples sibériens dont il nous a fait découvrir la vie dans la tourmente de l’histoire.

 

Auditorium de l’Inalco

65 rue des Grands Moulins 75013 Paris

Métro ligne 14 et RER C (station Bibliothèque François Mitterrand)

Bus 27, 62, 83, 89, 132, N31